COPYRIGHT:  Décembre 2007 - Jacques Simon TIMOTEI
Bibliographie Livre d'or ***
 

 

 

 COUTUMES ET CROYANCES CORSES

LA NAISSANCE

A NASCITA

 

Vous pouvez écouter sur cette page un extrait de la chanson "Laurelia" interprétée par Richard GIROLAMI

 

 

Autrefois, toutes les naissances se passaient au village. Lorsqu'une jeune femme était sur le point d'accoucher, on faisait appel à la cugliadora, mammana ou bonadonna, une femme du village qui, réputée pour ses compétences et son habileté dans l'art de mettre au monde les enfants, n'avait d'autres connaissances que celles acquises au cours d'une longue expérience. En fait, il ne se trouvait que très rarement en Corse une sage-femme qui ait fait des études pour execer ce métier. Les femmes enceintes répugnaient d'ailleurs à faire appel à un chirurgien. Ce n'est que lorsque, épuisées par les douleurs de l'enfantement qui devenaient trop insupportables, lorsqu'il n'y avait presque plus d'espoir d'être suvées, qu'elles s'y résignaient.

 

"Chi sara ? maschiu o femina ?" (Qu'est-ce-que ça sera ? un garçon ou une fille?). En ce temps la, pour déterminer le sexe de l'enfant on avait recours à l'interprétation des signes, aux pratiques divinatoires, on se fiait à la forme du ventre, à la période de la lune durant la fécondation, on invoquait Sainte Anne.

Si c'est un garçon, selon la tradition, il portera le prénom de son grand-père paternel; si c'est une fille, on lui donnera celui de sa grand-mère maternelle. De préférence, ce sera un garçon (7 garçons pour une fille, dit le proverbe). En attendant la venue de l'enfant, gare aux envies de la femme enceinte !.(e brame). Si elles ne sont pas satisfaites, les enfants en porteront la marque à la naissance.

 

Jadis, quand une femme mourrait avant d'avoir mené à terme sa grossesse, on déposait dans son cercueil, du fil, une aiguille, des ciseaux et un morceau de toile pour qu'elle puisse dans l'au-delà coudre les langes de son enfant.

La femme Corse assistée de la mammana, n'accouchait pas dans le lit où elle s'était "déshonorée", mais sur une couverture, à même le sol, près de la cheminée ou du fucone au dessus duquel était suspendue une marmite d'eau bouillante. L'homme était tenu à l'écart tant que la naissance n'avait pas eu lieu. Au bout d'un maximum de 24 heures la femme reprenait ses occupations.

Dès les premiers instants de la vie, si la mère ne pouvait pas allaiter elle même, c'était la mammana qui se chargeait de donner le sein à l'enfant qu'il fallait à présent protéger des streghe et des mazzeri

Dès qu'il y avait quelque inquiétude sur la santé de l'enfant on allait systématiquement consulter l'incantatora (la guérisseuse), seule personne capable de déterminer s'il était ou non annuchjatu (victime du mauvais oeil).

 

Dans certaines régions, avant de n'être mis dans son berceau (u vèegulu), le nouveau-né dormait dans le lit de sa mère jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge d'un mois. Pour empêcher les mauvais esprits et les démons de s'approcher du nouveau né, on plaçait au fond de son  berceau un livre de messe et un poignard au manche en forme de croix. Le livre de messe servait à écarter les démons et le poignard devait éloigner les sorcières. On ne laissait jamais le nouveau né seul les jours de brouillard tant qu'il n'avait pas percé sa première dent. On ne coupait jamais les ongles du bébé. Avant de s'endormir la mère prenait soin de placer une faucille, un morceau de cierge de la chandeleur ou du gros sel sous son oreiller.  On veillait également, en particulier la mère, à ne jamais embrasser le nouveau né dans son berceau, à ne jamais le faire dormir les pieds dirigés vers la porte et à ne jamais balancer son berceau vide sous peine de lui porter malheur. De même, lorsqu'on transportait l'enfant d'une pièce à l'autre, on prenait soin de toujours diriger sa tête vers l'avant.

Ainsi protégé, bercé par une nanna (berceuse) l'enfant s'endort chaque soir paisiblement et si c'est un garçon, pour lui assurer une éducation virile, la nanna exalte le sentiment de la vengeance et la fierté du bandit d'honneur en commençant par ces mots :

 

Quandu sareti grandoni

Purtareti li vostr'armi

Un'bi farrani paura

Bultisciori ne giandarmi

E si vu'st'inzirmitu

Sareti un fieru banditu

...

Qaund vous serez grand

Vous porterez vos armes

Ni voltigeurs ni gendarmes

Ne vous feront peur

Et si vous vous mettez en colère

Vous serz un fier bandit

...

 

 

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Dernière mise à jour pour cette page : 19 juillet 2021