PERSONNAGES CELEBRES

Louis Charles René DE MARBEUF

(1712-1786)

 

Louis Charles René, comte de Marbeuf, Grand croix de Saint-Louis, Général, Colonel des Dragons de Condé, est né le 04 novembre 1712 à Rennes. Il participe à la pacification de la Corse, assure l'interim à la tête de l'armée entre Chauvelin et le comte de Vaux (de décembre 1768 à avril 1769), commande un corps sous le comte de Vaux jusqu'à la bataille de Ponte-Novu. En avril 1770, le Roi Louis XV le nomme commandant en chef dans l'île (il le restera jusqu'à sa mort) et le fait marquis de Cargèse qu'il fait édifier en 1774.

Il est mort à Bastia le 20 septembre 1786 et a été enterré dans l'église St Jean-Baptiste.

 

Marbeuf arrive en Corse en 1764 à la tête d'une armée de 4000 hommes pour réprimer la révolution Paoliste et y poursuivre une politique de colonisation de l'île. Il jouera un rôle important au sein de la famille Buonaparte dont il se fera le protecteur. Ses relations très intimes avec la belle Letizia, ses multiples interventions et "coups de pouce" permettront à la famille Buonaparte d'être anoblie, au jeune Napoléon d'être admis à l'école militaire de Brienne et de devenir plus tard Empereur des Français.

Reconnaissant, Carlo Buonaparte (que Marbeuf couvrait d'honneurs, de titres et de rentes) lui fera graver cette plaque commémorative sur la façade du palais des 12 : "A Louis Charles René, comte de Marbeuf, chevalier commandeur de l'ordre de St-Louis, lieutenant-général en chef des troupes françaises, gouverneur suprême de la Corse, président des États, homme très distingué par la sagesse, la justice, la prudence, en reconnaissance de ses libéralités envers l'Ile entière, et, pour en laisser un souvenir solennel, tous les ordres de l'Ile, tous les hommes recommandables et ceux qui se sont réjouis du retour d'un homme qui a si bien mérité de leur pays, ont eu soin de faire graver, sur le marbre, les sentiments d'amour qui, depuis longtemps, étaient gravés dans leur coeur." C'était la tout le 18ème siècle : Une dignité éteinte dans un mélange hypocrite d'arrogance, d'adulation, de complaisance et de servitude.

 

Mais au gré des mortels et des courants politiques, la faveur est changeante... et douze années plus tard, l'élogieuse inscription faisait place à cette autre : "La Corse, aujourd'hui heureuse et libre, pour rendre hommage à la vérité, a détruit le monument érigé par l'imposture et l'adulation, en l'honneur d'un tyran qui avait fait peser sur elle le joug du malheur".

 

Orgueilleux, vaniteux, hypocrite, Marbeuf méprisait les Corses autant qu'il les craignait.

Dès son arrivée, il entame une féroce et odieuse répression qui ramènera l'île aux débuts de l'époque Génoise. Tous les bandits (les paolistes) pris les armes à la main sont roués vifs et pendus au premier arbre à côté de leur maison; d'autres sont envoyés aux galères. Sans aucune forme de procès, les femmes et les enfants des Patriotes qui ont suivi Paoli dans son exil sont expulsés de Corse.

La délation est encouragée et de fortes primes sont promises pour chaque bandit capturé ou tué. Les bergers sont astreints à résidence (en cas d'absence de plus d'un mois, tous leurs biens sont confisqués), pire, les bergers du Fiumorbu qui ont cependant accepté de déposer les armes sont fusillés. De 1769 à 1774 la potence est dressée plus d'une cinquantaine de fois.

Dans le Niolu, onze Paolistes sont pendus. Plus d'une centaine sont torturés, condamnés à la roue, déportés aux galères ou envoyés au bagne de Toulon. Des maisons sont brûlées, des villages sont pillés et de nombreuses exactions sont commises. Des juntes nationales sont crées pour faire respecter ces mesures sanguinaires. Marbeuf envisage même de brûler le maquis Corse pour en chasser les rebelles : "Pour parvenir à éteindre tout à fait une race aussi exécrable, le premier moyen étant de leur ôter la facilité des retraites que leur offre les maquis, nous avons pris la résolution de les faire brûler dans toute l'étendue de l'île".

 

 

Par une ordonnance du 23 août 1768, le drapeau national à tête de Maure est interdit. Pour réduire le peuple Corse à l'ignorance et l'empêcher d'accéder aux emplois, les Jesuites qui dispensaient un enseignement de qualité ont été expulsés; en 1769, l'université de Corti est fermée, les collèges de Calvi et de Cervioni (1785) sont supprimés. Sont également supprimés : le Conseil d'Etat, la milice nationale, la monnaie nationale, la Gazette nationale (seul journal de l'île), le mot "Nation" pour parler de la Corse qui fut réduite au stade de département.

 

La Corse entière s'indigne des privilèges et des faveurs et accordés à certaines familles, notamment à celles qui comblent la famille des Buonaparte; pour mieux asseoir sa domination, la France multiplie en Corse les administrateurs étrangers et leur distribue abusivement des terres, comme à Marbeuf qui reçoit le marquisat de Cargèse. Cependant, les paysans mécontents résistent comme ils peuvent malgré un état de misère grandissante si l'on en juge par le nombre d'enfants abandonnés (257 en 1791, rien qu'à Bastia).

 

Dans une lettre lettre manuscrite datée d'Ajaccio le 21 août 1773, Marbeuf  écrit : "Il ne faut pas regarder la Corse, comme un pays ordinaire ; tel qui peut très bien occuper une place en France, se trouverait ici très embarrassé, s'il voulait fàire le bien, et il n'y a guère que ce point de vue qui puisse en rendre le séjour supportable : un travail forcé ; des contrariétés perpétuelles ; des inconvéniens de l'air pour la santé ; peu d'amusemens ; des dépenses d'Etat considérables par la cherté de tout, et la nécessité de donner si l'on veut réussir ; voilà à quoi il faut se préparer, en venant ici. Le bonheur d'être utile au service du Roy et de diriger au bien une nation dont le fond est très bon, quand elle sera dépouillée de l'enveloppe grossière que lui a donnée un siècle de guerres intestines et cruelles ; l'avantage de créer pour ainsi dire un pays qui est encore dans le chaos ; de vous porter à y répandre l'abondance par le commerce et l'agriculture, en vous envoyant de bons mémoires sur toutes les parties ; de mériter par conséquent votre estime et celle du public ; voilà des motifs bien pressants pour celui qui vous représente ici, et bien propres à lui faire tout sacrifier pour remplir une si belle tâche ; mais, tous les hommes ne sont pas nés avec l'amour du travail et la bonne volonté seule ne suffit pas pour ce qu'il y a à faire en Corse".

 

Marbeuf, dont les moeurs libertines étaient connues dans toute la Corse, a été tour à tour commandant des troupes françaises en garnison en corse, lieutenant général des armées du roi et commandant en chef dans l'île du 1er avril 1770 jusqu'à sa mort. Riche, devenu veuf après avoir épousé en 1752 Eléonore Julie de Guemadeuc, sans enfants, il partageait sa vie entre Cargèse et Bastia avec les plus célèbres courtisanes de la ville. Il a été pendant longtemps l'amant de la Signora Maria Domenica de Varese (1714), née Cecconi, que l'on surnommait la Cléopatre Corse pour avoir eu entre autres comme amants Mallebois et Cursey. Marbeuf, s'éprit ensuite de la femme de l'intendant Chardon en poste à Bastia. A l'âge de 71 ans, il épouse en second noce, le 29 septembre 1783 à Paris, la jeune Catherine-Antoinette Salinguerra Gaillardon de Fenoyl (1765-1839) âgée à peine de 18 ans qui lui donnera deux enfants : Marie-Alexandrine et Laurent. Elle deviendra baronne d'Empire puis veuve de Marbeuf qui lui a légué toute sa fortune, religieuse du Sacré-Coeur.

 

Décédé à l'âge de 74 ans,  le 20 septembre 1786 à Bastia, Marbeuf a été enterré selon sa volonté, dans la crypte de l'église Saint-Jean-Baptiste. Quelques années seulement après sa mort, la tombe de celui que les Corses surnommaient "le pacha luxurieux" sera profanée. En 1791, son corps failli être déterré par les révolutionnaires pour être jeté dans le vieux port mais l'intervention vigoureuse de l'abbé Bajetta, curé de Saint-Jean, les en empêcha. Cependant, l'épitaphe qui figurait sur sa tombe fut détruite quelques temps après et remplacée par une inscription injurieuse (*) qui a disparu à son tour laissant à ce jour une sépulture anonyme et invisible.

 

 

(*) Voici cette inscription injurieuse que le latin atténue fortement : "Monumentum, quod vile mendacium et venalis adulatio tyranno gementis Corsicae dedicarunt, ridentis nunc totius Corsicae libera veritas et vera libertas delevere".

 


 

Pour la petite histoire, Napoléon serait né de la relation adultérine entre Letitia et Marbeuf,  dans le village de Sainte Sève en Bretagne où ce dernier y possédait un château. Les pages des registres de naissance ayant curieusement disparues, aussi bien à Sainte Sève qu'à Ajaccio, le doute est toujours permis...

 

Napoléon est-il né en Bretagne ?

L'histoire d'amour de la mère de Napoléon.

Source : http://www.napoleonicsociety.com/french/pdf/meredenapoleon.pdf

 

 

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Date de mise à jour pour cette page : 20 avril 2021