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Bibliographie Livre d'or ***

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PONTE NOVU

 

Le numéro des « Ragguagli » du 25 mai 1769 constitue en soi un véritable document historique. Non pas tant par le récit circonstancié du combat sanglant du 8 mai à Pontenovo et par les détails relatifs aux événements consécutifs de Caccia et de Balagne et l'entrée des troupes françaises à Corte, mais surtout par la réelle émotion qui se dégage du récit des incidents dramatiques qui marquent les derniers jours de l'indépendance corse. Comment ne pas être bouleversé par cette manière d'introduction, d'une dignité exemplaire, au rappel des malheurs de la patrie vaincue :
« Il valor degl'uomini si decide dalla proporzione delle forze, e quando questa manca il più debole è vittima del più forte. Che noi abbiam fatte delle perdite considerabili non è maraviglia; è forse maraviglia che ci siam sostenuti. Quando si credea di dover combattere contro un numero di genti di poco superiore al nostro, ci siam veduti a fronte trenta sette mila Francesi. Non ci siamo atterriti ; perchè abbiam fatta una difesa opportuna, ed abbiam perduto poi senza vergogna. In queste orribili circostanze ci siamo ordinati a segno di fare una buona ritirata con portar via il meglio, ed il più necessario. La perdita de' nostri è di gran lunga inferiore a quella dei nemici, ai quali costa il conquistato ».
 

Ces lignes évoquent spontanément l'éloquente indignation du jeune officier Napoléon Bonaparte, écrivant au général Paoli exilé à Londres, vingt ans après la conquête de la Corse: « Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la Liberté dans des flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. »

 

C'est au cours d'une collecte d'impôts organisée à Bustanicu, dans le Boziu que débute le 27 décembre 1729, sous la forme d'une jacquerie la révolution Corse.

Les deux doctrinaires de cette révolution Corse sont :

 

-Giulio Mattéo Natali (1702-1782), un théologien originaire d'Oletta qui publiera à Rome et distribuera secrètement  en 1736, sous le pseudonyme de Cuzio Tulliano son livre intitulé "Disinganno intorno alla guerra di Corsica".

 

 

 

-L'abbé Grégorio Salvini (1696-1789) qui publiera  en 1758 un ouvrage intitulé : "Giustificazione della Rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da' Corsi, di non sottomettersi mai più al dominio di Genova") qui développe avec plus de détails historiques les thèses de Natali.

 

En 1736, la France entretient une politique anti-Génoise, véritable propagande d'intoxication, sournoise et machiavélique orchestrée par Chauvelin, secrétaire d'état aux affaires étrangères, qui trompe le peuple Corse et contribue à développer chez lui des idées de révolte qui vont finalement emmener Gênes à faire appel à la France.

Cette dernière, qui peut ainsi justifier son intervention aux yeux de l'opinion internationale, entame alors une effroyable campagne de répression qui conduira 30 ans plus tard à la désastreuse et sanglante bataille de Ponte Novu.

 

 

La bataille de Ponte Novu, qui eut lieu du 8 au 9 mai 1769, marque la fin d'un rêve d'indépendance.

Les armées du roi de France, Louis XV, composées d'un régiment de 13500 hommes commandées par le comte De Vaux, des troupes du cruel et sanguinaire comte Marbeuf, d'un corps de mercenaires prussiens et d'environ 500 corses recrutés sur place, vont infliger, dans un combat inégal, de lourdes pertes aux patriotes Corses au nombre de 2000.

 

Devant la contradiction des chiffres avancés, il est difficile d'estimer le nombre de morts et de blessés. On peut raisonnablement penser que la perte dans chaque camps a été de 150 à 200 morts et autant de blessés.

 

 

Le 15 mai 1768, plus Italienne que Française par l'esprit et les sentiments, la Corse fait l'objet d'un marché de dupes entre le gouvernement de Gênes et le Roi de France : Par le traité de Versailles, Louis XV achetait l'île de Corse à Crédit. La France victorieuse allait désormais entreprendre et intensifier au fil du temps une politique de colonisation de la Corse qui allait contribuer irréversiblement au déclin de la langue, des us et des coutumes de ses habitants.

Rappelons cependant que du point de vue du droit international, la Corse était toujours une possession génoise car le décret d'annexion de la Corse à la France ne fut voté que le 30 novembre 1789 sans que le peuple eût pu disposer de lui-même. Ainsi, à la manière de Napoléon et au mépris de tout engagement bilatéral et des traités internationaux, la France venait de procéder,  à l'annexion d'un territoire conquis.

Il est cependant  important de souligner que la Corse est encore aujourd'hui le seul territoire sous souveraineté française, dont la possession par la France n'a pas été ratifiée.

 

 

Le pont génois vers 1930 avant sa destruction et les vestiges du temps présent.

 


 

"... les Corses, un instant victorieux, parvinrent à repousser en désordre les volontaires français. Mais, entraînés par leur ardeur, ils passèrent la rivière et s'acharnèrent à se maintenir dans une position difficile, que l'arrivée des grenadiers et des chasseurs du régiment de Champagne, conduits par M. d'Escoulombre en personne, rendit vite intenable. Ils y furent presque tous massacrés. Il était quatre heures et demie du soir. La bataille était perdue. Les pertes étaient sensibles. Rien qu'à Ponte-Nuovo, les Corses avaient eu deux cents hommes tués ou noyés, les Français, soixante hommes tués ou blessés, et, parmi les tués, quatre officiers : MM. De Ghamisso, De Bexon, De Ségur et Du Bayet fils.

Pour Paoli, il était en fuite. C'était avec peine qu'il avait pu réunir trois à quatre cents hommes au couvent de Rostino et à Morusaglia. De leur côté, les Français, instruits par l'expérience, évacuaient leurs blessés et assuraient leurs positions contre tout retour offensif. Le 10, ils occupaient Vignale, Lucciana, Pietralba. Le 15, ils avaient passé le Golo et pris le couvent de Rostino.

Le 20, ils étaient au couvent d'Omessa et, le 21, ils se mettaient en marche sur Corte.
A mi-chemin, ils rencontrèrent les principaux habitants de cette ville, venant faire leur soumission et traiter de la reddition de la citadelle, reddition qui eut lieu effectivement, le 22.

Dès le 20, Paoli, suivi de quelques fidèles, s'était retiré à Vivario qu'il quittait le lendemain du jour où les Français partaient de Corte. Le 6 juin, il était à Bastilica, le 8, à Quensa.

Ce fut dans ce village qu'il apprit, et la prise de sa principale place d'armes, l'Ile Rousse, et l'arrivée à Porto-Vecchio, le 7 juin, de l'un des navires de l'amiral  Smittoy, requis par son agent Guelfudi, le prêtre servile. Dans la nuit du 12 au 13 juin, il s'embarquait en compagnie de son frère Clémente, de son secrétaire l'abbé Antonio Francesco Andrei et de quelques partisans dévoués. Deux mois plus tard, il était installé dans un hôtel de Londres, vivant tranquillement et grassement de la pension qu'on lui avait si généreusement accordée.
A dire vrai, les vainqueurs lui avaient laissé toute facilité pour s'éloigner. Du 21 mai, jour de leur entrée à Corte, au 13 juin, date du départ de Paoli, ils auraient pu s'emparer de sa personne. Ils préférèrent fermer les yeux sur l'évasion d'un homme dont " la capture, disait M. de Vaux, eût été plus embarrassante qu'utile..."

 

Extraits de Bonaparte et son temps par Th. JUNG (1880)

 

 

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Dernière mise à jour pour cette page : 30 septembre 2022