COPYRIGHT:  Décembre 2007 - Jacques Simon TIMOTEI

Bibliographie Livre d'or ***
 

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NAPOLEON ou LE CORSE DEVOILE

ODE AUX FRANCAIS

Par François CHERON (1809) - Source Gallica

 

Pendant toute l'époque de la Restauration, pays meurtri du temps du plus illustre de ses enfants, la Corse subit alors le mépris, l'hostilité et la calomnie. La légende noire de Napoléon s'étend sur la France entière et un courant d'anti-corsisme déferle sur la société Française. Les coups pleuvent sur le l'exilé de l'île d'Elbe et redoublent après l'échec du "vol de l'Aigle" et son départ pour Sainte-Hélène. Des écrivains dépourvus de talent exhalent leur rancoeur à l'égard de l'homme qu'ils peuvent dès lors ouvertement haïr et traîner dans la boue, ce Buonaparte, l'étranger, l'usurpateur, ce monstre venu d'une île dont les habitants sont encore des sauvages. Certains auteurs comme Michaud, sont aller fouiller dans la vie familiale et dans les alcôves de l'Empereur pour y découvrir... l'inceste !

L'image d'un nouveau Caligula, d'un  nouvel Attila responsable de la mise à feu et à sang de l'Europe, alimente les "salons où l'on cause" et la plume de Chateaubriand qui se plait à écrire : " Buonaparte n'a rien de français, ni dans les moeurs, ni dans le caractère. Les traits même de son visage montrent son origine. La langue qu'il apprit dans son berceau n'était pas la nôtre et son accent comme son nom révèlent sa patrie ..." (De Buonaparte et des Bourbons).

 

 

1

De la plus sanglante anarchie

Le règne étoit près de finir,

Et de l'antique monarchie

Bientôt les lys alloient fleurir;

Du sein de l'impure license

S'éleva, pour punir la France,

Un mortel farouche et pervers,

Qui, dans son audace insensée,

Conçut l'infernale pensée

De bouleverser l'univers.

 

Dans la Corse qui le vit naître,

Façonnée à la trahison,

Son âme semble toujours être

Le triste asile du soupçon ;

Son visage est sombre et livide,

Son oeil incertain et perfide

Recèle une noire fureur;

Rien ne l'émeut, rien ne le touche,

L'injure est toujours sur sa bouche,

Et la vengeance dans son coeur.

 

Héritier de la tyrannie

Des vils suppôts de la terreur,

Pour eux son atroce génie

Avoit signalé sa fureur ;

A jamais de vendémiaire

Le mois terrible et sanguinaire

Epouvantera les esprits ;

Ce fut sa première victoire ;

Oui, son premier titre à la gloire

Fut le massacre de Paris.

 

Bientôt dispensateur prodigue

De l'or et du sang des Français,

L'insensé renversa la digue

Conservatrice de la paix ;

Par le meurtre et le brigandage,

Etendant partout le ravage,

S'abreuvant de sang et de pleurs,

Ses épouvantables conquêtes

Ont accumulé sur nos têtes

Des siècles entiers de malheurs.

 

Par quelles vertus, à quel titre

Prétend il régler nos destins ?

Eh ! qui donc l'a rendu l'arbitre

Des peuples et des souverains ?

Son génie ?.... Orgueil déplorable !

Ah ! de ce génie effroyable,

Dieu ! délivrez ma nation !

Ton génie, inflexible Corse ?

Tu n'as que celui de la force,

Celui de la destruction.

 

Que devons-nous à ce génie

Dont on proclame la grandeur ?...

Du commerce et de l'industrie

Et la ruine et le malheur ;

Accablés d'impôts arbitraires,

Tous les Français sont tributaires

Du luxe de ses courtisans ;

Les campagnes sont dépeuplées ;

Partout les mères désolées

Lui redemandent leurs enfants.

 

 

2

Luxembourg ! Catinàt ! Turenne !

Et vous, noble et vaillant Bourbon,

Condé, dont sa jalouse haine

Frappa l'illustre rejeton !

Au milieu des camps, des alarmes,

Vos lauriers vous coûtoient des larmes ;

Mais lui, sans pitié, sans remords,

Dans sa frénétique démence,

II ne pourra trouver en France

Assez de sang et de trésors.

 

Que d'autres célèbrent encore

Sa clémence envers les proscrits !

Fausse clémence, que j'abhorre !

Savez-vous quel en est le prix ?

Les D'Harcourt, les Clermont-Tonnerres

Sont, aux emplois les plus vulgaires

Condamnés à s'assujettir ;

Et leur noblesse révérée

Est de son abjecte livrée

Contrainte de se revêtir.

 

Mais de la religion sainte

Il a relevé les autels !

L'imposteur! sa piété feinte

Cachoit des desseins criminels ;

Couvert de ce voile hypocrite,

Il trompa la foule séduite ;

Que vouloit-il ?... Que ses forfaits,

Publiés jusques dans les temples,

Fussent célébrés comme exemples,

Et chantés comme des bienfaits.

 

Dites-nous, ô Pontife auguste,

De la foi glorieux martyr,

Modèle des vertus du Juste,

Dites-nous comme il sait trahir !

Vous vous taisez... votre âme sainte

Dédaigne toute humaine plainte ;

Mais, s'élevant jusques aux cieux,

Sa vive et fervente prière

Allume le divin tonnerre

Qui doit écraser l'orgueilleux.

 

Partout Ce tyran sacrilège,

Profanant la religion,

Marche toujours tendant un piège,

Ou semant la corruption :

Flattant le peuple qu'il domine,

De Jésus il suit la doctrine

Favorable à son intérêt ;

Naguère, aux plaines de l'Afrique,

Sa détestable politique

Servoit le dieu de Mahomet.

 

Et c'est ce monstre abominable

Que plus d'un écrivain flétri

Ose nous montrer comparable

Au bon et magnanime Henri !

O délire de la bassesse !

Et c'est aux Français qu'on s'adresse !...

Jamais, sur ce front détesté,

Ce peuple sensible et fidèle

Ne reconnaîtra le modèle

De l'honneur et de la bonté.

 

 

3

0 Henri! si ta noble cendre

Pouvait se ranimer un jour !

0 ! si le ciel pouvait te rendre

A nos souhaits, à notre amour !

Que de transports ! que d'allégresse !

Et que de larmes de tendresse

S'échapperoient de tous les cœurs !

O bon roi ! ta seule présence

Feroit oublier à la France

Vingt ans de crime et de malheurs !

 

Mais toi, l'opprobre de la terre,

Tremble sur ton trône sanglant !

Tyran, ton règne est éphémère,

Et la postérité t'attend !

A la gloire solide et pure

Jamais l'assassin, le parjure

N'auront de véritables droits :

Pichegru, frappé dans ses chaînes,

D'Enghien, massacré dans Vincennes,

Parlent plus haut que tes exploits.

 

On ose dire que ces crimes

Sont ceux de la nécessité,

Qu'un petit nombre de victimes

A suffi pour sa sûreté !...

Non, il laisse dormir sa rage,

Déjà plus d'un triste présage

Glace mon coeur épouvanté.

Un péril... un soupçon peut-être…

Et la France verra renaître

Le règne de la cruauté.

 

Chantez, poètes mercenaires,

Chantez le grand Napoléon !

Chantez ses lauriers sanguinaires,

Sa dévorante ambition.

Pour nous, plus de paix, plus de trêve,

Le cruel a tiré le glaive ;

Chantez, le sang coule à grands flots,

La guerre est une boucherie ;

Chantez !... ou craignez la furie

De votre implacable héros.

 

Mais moi, Français, sujet fidèle

A l'auguste sang de mes rois,

Je voue une haine éternelle

A l'usurpateur de leurs droits.

Quand viendra le jour de vengeance

Où, de sa coupable puissance

Finira le cours désastreux ?.

Tombe ce tyran exécrable,

Et que sa chute épouvantable

Serve d'exemple à nos neveux !

 

0 France ! ô ma chère patrie !

Jusques à quand souffriras-tu

Qu'une race impure et flétrie

Opprime ton peuple abattu ?

Repren(d)s ta Royale couronne,

Et précipite de son trône

Ce fils du crime et des hasards ;

Trop long-temps la pourpre décore

Un infâme, qui déshonore

Le diadème des Césars.

 

 
 

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Dernière mise à jour pour cette page : 19 décembre 2017