Bibliographie Livre d'or ***
 
 

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NAPOLEON A L'ÎLE D'ELBE

 

Après le désastre de Russie qui devait être, selon le mot célèbre de Talleyrand, "le commencement de la fin", après la mutinerie de ses généraux qui se mettent au service des alliés, le Sénat prononce la déchéance de Napoléon qui est contraint d'abdiquer. Par le traité de Fontainebleau (11avril 1815), il se voit attribuer l'administration de son nouveau "royaume", une petite île de 224 kms2  située entre la Corse et la Toscane : L'île d'Elbe (il avait demandé la Toscane, on la lui a refusée) ainsi que la promesse d'une rente annuelle de deux millions de francs que Louis XVIII ne lui paira jamais.

Dans la nuit du 12 au 13 avril, à la Malmaison, il tente de s'empoisonner mais se ravise aussitôt en appelant à l'aide son valet de chambre Constant qui le quittera d'ailleurs le 19 avril en emportant de l'argent et des bijoux.

Le 20 avril 1814, Napoléon quitte Paris en Berline et traverse une France qui lui est profondément hostile. Dans les villes qu'il traverse, les populations informées de son passage se soulèvent et se montrent à tel point menaçantes qu'il doit se déguiser pour pouvoir poursuivre son voyage.

 

PORTOFERRAIO

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Laissant une France complètement exsangue, Napoléon embarque à Saint Raphaël dans le plus grand secret et quatre jours plus tard, dans la nuit du 03 au 04 mai 1814, la frégate Anglaise Undaunted accoste dans le petit port de Portoferraio, capital de l'Île d'Elbe. Il s'apprête à faire une entrée majestueuse avec les 600 hommes qu'on lui a alloué, mais seuls, le gouverneur militaire Delesme et le Sous-Prefet Balbiani ont été informés de la présence à bord, du monarque déchu et c'est seulement le 04 mai au matin que les habitants vont prendre connaissance de l'arrivée de leur nouveau souverain par une proclamation placardée sur les murs de la cité : "Le plus heureux événement qui pût jamais illustrer l'histoire de l'île d'Elbe s'est réalisé en ce jour ! Notre auguste souverain l'Empereur Napoléon est arrivé parmi nous. Nos voeux sont accomplis : la félicité de l'île d'Elbe est assurée…Unissons-nous autour de sa personne sacrée, rivalisons de zèle et de fidélité pour le servir…".

Le 04 mai 1821 à 15 heures Napoléon quitte la Frégate Undaunted et dans une chaloupe se rend sur le port où les autorités civiles et militaires, ainsi qu'une foule à la fois enthousiaste et stupéfaite, sont venus l'accueillir tandis que les cloches sonnent à toute volée. Il est ensuite reçu à l'hôtel de ville où il va passer ses premiers nuits ; mais c'est aux Mulini, sur une crête qui surplombe la ville, qu'il a déjà décidé d'établir sa résidence.

 

Afin de ne pas avoir à traverser la ville pour rejoindre la campagne, il commence par faire percer un tunnel dans le rocher sous la terrasse, fait raser les vieux moulins et entreprend la construction de son "palais" et de ses pavillons : des appartements privés avec huit fenêtre en façade donnant sur la ville et huit fenêtres à l'arrière avec vue mer, une bibliothèque, une salle du trône faisant office de salle de bal, un petit théâtre.

Le tout est abondamment meublé, principalement par deux razzias dont Napoléon est coutumier :  Une première fois il fait saisir à Piombino, dans l'ancien palais de sa soeur Elisa restitué au domaine autrichien, meubles, tentures, jalousies, jusqu'aux lames des parquets. Au commissaire d'Autriche qui se plaint de cette spoliation, il fait remettre l'état circonstancié de cet "emprunt", et l'affaire en reste là.

Un peu plus tard, la tempête ayant forcé un bâtiment à faire relâche dans le port, Napoléon s'enquiert de son chargement : c'est le mobilier de son beau frère Camille Borghèse, acheminé de Turin à Rome. Il se l'approprie aussitôt, disant : "cela ne sort pas de la famille !".

 

PORTOFERRAIO - La villa des Mulini

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Avec ses compagnons d'infortune Drouot, Bertrand et Cambronne, entouré d'un nombre incalculable de domestiques en livrée, de musiciens, de jardiniers et de 22 palefreniers qui veillent à l'entretien de 90 chevaux et de 27 voitures, Napoléon a recréé autour de lui une cour d'opérette. Pour tromper son ennui, il va mener pendant son séjour une vie faite de dépenses ostentatoires et de réceptions somptueuses.

Cette vie tranquille s'anime soudain le 30 septembre, avec l'arrivée de sa soeur Pauline qui va occuper la partie de l'habitation qu'il a fait construire spécialement pour Marie-Louise qui ne viendra jamais.

Cette intimité entre Napoléon et sa soeur Pauline, le fait qu'elle a toujours été sa préférée et qu'elle à souvent été à ses côtés, donnera lieu à de nombreux ragots colportés principalement par Beugnot et Talleyrand pour lesquels les relations incestueuses du frère et de la soeur n'ont jamais fait aucun doute.

 

Lassé de la villa des Mulini, Napoléon recherche bientôt une maison de campagne et il fini par jeter son dévolu sur une maisonnette située dans le vallon ombragé de San Martino. Mais l'état de ses finances, déjà mises à mal par un train de vie dispendieux, ne lui permet pas d'accepté le prix demandé par le propriétaire et c'est sa soeur Pauline, qui à sa demande, va en faire l'acquisition en sacrifiant quelques diamants de son fameux collier. En peu de temps, les vieille bâtisses du domaine sont rasées, les grenadiers de la garde construisent une route pour accéder à la propriété sur laquelle est édifiée une maison blanche toute simple surmontée d'un étage et modestement meublée.

 

SAN MARTINO

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Plus tard, le Prince Demidoff (*), neveu de Napoléon par alliance, rachètera  la propriété et transformera San Martino en faisant preuve d'un mauvais goût offensant, pour lui donner l'aspect outrancier que le visiteur attribue injustement aujourd'hui à Napoléon.

(*) Pour la petite histoire, les aigles surplombant l’ancien château Bacciocchi (actuel collège Saint-Paul) à Ajaccio, proviennent d’un don d’Anatole Demidoff à son cousin Félix Baciocchi dans les années 1840).

 

 

C'est encore au cours d'une promenade que Napoléon succombe au charme de l'Ermitage de la Madonna sur le monte Giove au dessus des villages de Marciana Alta et de Poggio, en découvrant un panorama somptueux avec au loin, Capraia et la Corse. Du 23 août au 05 septembre 1814, il séjourne dans une des cellules de l'ermite tandis que Drouot en occupe une autre.  Il veille à ce que sa mère Laetitia, qui loge dans une maison de Marciana Alta, ne manque de rien et il écrit à Bertrand : "il me manque trois volets pour les fenêtres de ma chambre… Envoyez trois rideaux pour la chambre de Madame, les tringles y sont. Envoyez-nous aussi des feux. pincettes. pelles…".

Le 1er septembre 1814, durant son séjour à l'Ermitage, il reçoit la visite de sa maîtresse Marie Walewska (*) accompagnée de leur fils, le petit Alexandre. Il est assez probable que cette visite rapide n'ait pas été faite par amour mais pour demander à Napoléon d'intervenir auprès de Murat pour que la rente de 60.000 francs qu'il lui a alloué et que Murat refuse de lui verser soit payée. Napoléon passe deux nuits avec elle, sans doute les dernières ; mais craignant la venue de Marie-Louise, il lui demande le surlendemain de s'en aller. Il le regrettera aussitôt et cherchera vainement après coup à la rejoindre pour l'empêcher de partir. Il seconsolera cependant avec d'autres nombreuses conquêtes.

 

 

 

(*) Après une cour assidue, Maria Waleska avait accepté, avec l'accord de son mari, le comte Anastazy Walewski, d'être la maîtresse de Napoléon. Devenue veuve, elle épouse le 7 septembre 1816, un Corse, le comte Philippe Antoine D'Ornano, genéral d'Empire et cousin éloigné des Bonaparte. Elle meurt le 11 décembre 1817 à l'âge de 31 ans

 

ERMITAGE DE LA MADONNA DEL MONTE A MARCIANA ALTA

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Sous cet aspect de vie insouciante qui trompe l'ennemi, le bilan de ces 300 jours d'exil Napoléonien est cependant remarquable, comme en témoignent les nombreuses notes et directives concernant la gestion de l'Île d'Elbe sur cette période : Établissement d'un plan d'irrigation et de mise en valeur de la seule plaine importante, celle de l'Acona, développement de la culture de la pomme de terre dite parmentière, et qui est inconnue dans l'île, vaste politique de reboisement (oliviers, mûriers, châtaigniers), amélioration du ravitaillement de la ville en eau potable, création d'un hôpital,  construction d'un véritable réseau routier qui va desservir les communes les plus importantes en partant de Portoferraio, repeuplement de la faune ( lièvres et lapins) importés de Toscane et de Corse. Puis Napoléon se tourne vers l'Île de Pianosa qu'il décide d'annexer, de fortifier, de peupler et de faire défricher.

 

Mais les habitants de l'Île d'Elbe vont éprouver une profonde désillusion lorsqu'au matin du 26 février 1815, Napoléon, que seul, Drout a essayé de dissuader, s'embarque secrètement pour la France mettant brusquement fin à une ère de prospérité qui s'achevait aussi vite qu'elle avait commencé.

Le 28 février 1815, après être pavenu à déjouer la surveillance des fégates anglaises, Napoléon débarque à Golfe Juan. C'est ensuite la marche vers Paris, le début des 100 jours et le terrible carnage de Waterloo, puis Sainte Hélène et la mort d'un ogre qui voulait dévorer le monde.

 
 

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Date de mise à jour pour cette page : 01 mai 2021